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Par Michelle Larivey , psychologue Cet article est tiré du magazine électronique " La lettre du psy" Volume 6, No 2c: Février 2002 | Avant d'imprimer ce document | Mise en garde | Autres articles | Table des matières
A. Les résistances à la résolution du transfert B. Qu’est-ce que résoudre un transfert? Conclusion Vos questions liées à cet article et nos réponses ! |
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Introduction Dans “Homo affectivité” nous avons vu comment deux transferts dont l’enjeu est le droit à l’existence, peuvent prendre des formes très différentes dans la vie des personnes qui les vivent. Chaque personne a une histoire unique et une manière originale de la vivre. Il est impossible de prédire exactement la démarche de résolution du tramsfert pour chaque individu. Mais nous pouvons expliquer en quoi elle consiste et comment elle se déroule typiquement. C’est l’objet du présent article. Dès le début d’une relation amoureuse, on peut identifier un besoin affectif important qui en est l’enjeu central. Ce besoin est toujours de nature transférentielle. Que la relation réponde ou non à ce besoin, elle peut toujours servir de terrain pour résoudre le transfert. La résolution du transfert est une démarche simple, mais elle semble bien complexe à celui qui n’en connaît pas bien les étapes ou ne possède pas les habiletés nécessaires. En fait, c’est la démarche de développement personnel qui suscite le plus de résistances après celle du renversement du déni existentiel. Mais la personne qui le veut vraiment peut se servir abondamment des situations de la vie de tous les jours pour parvenir à sa résolution. Qu’elle bénéficie ou non de l’aide d’un psychothérapeute, une partie importante de la résolution doit se dérouler dans le contexte des relations qui tissent sa vie quotidienne. |
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A. Les résistances à la résolution du transfert Nous sommes constamment à la recherche de situations interpersonnelles qui nous permettent de compléter les expériences laissées autrefois en plan. (Voir: “Le transfert dans les relations”.) Pourtant, nous entreprenons rarement de régler ces transferts. Au contraire, tôt dans la relation nous reprenons les comportements et les attitudes qui ont contribué autrefois à l’impasse dans laquelle nous sommes aujourd’hui. (Voir: “Aux sources du transfert”.) Pourquoi en est-il ainsi? Pourquoi allons-nous jusqu’à répéter le même scénario d’une relation amoureuse à l’autre? C’est d’abord par habitude que nous agissons de cette façon. Cette manière de faire est ancrée en nous parce que nous la répétons depuis notre tendre enfance. Mais il y a aussi une question de familiarité: nous sommes porté à demeurer dans ce que nous connaissons bien.
D’abord, il nous amène à dévoiler notre intimité profonde, ce qui nous rend forcément vulnérable. Ensuite, il nous oblige à prendre des risques au plan affectif, en particulier celui d’être rejeté mais aussi celui d’être jugé et blessé. De plus, le travail de résolution du transfert entraîne des émotions intenses, chez nous et souvent aussi chez l’interlocuteur. C’est pourquoi, par désir de protection, nous optons pour le scénario habituel, même s’il est porteur de frustrations et nous conduit toujours à l’impasse. La relation est frustrante, mais nous demeurons en sécurité, évitant l’inconnu. Je crois que des articles comme celui-ci ne peuvent réellement suffire pour amorcer une démarche de résolution du transfert. La résistance au changement est trop forte lors des premières tentatives. Mais c’est au démarrage du processus que cette difficulté est la plus importante. Une fois le travail commencé, les satisfactions obtenues fournissent l’énergie nécessaire pour continuer de prendre des risques et l’emportent généralement sur la peur. |
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B. Qu’est-ce que résoudre un transfert? 1. Ce n’est pas La résolution du transfert se distingue de plusieurs autres types de travail thérapeutique sur le même phénomène. Elle vise à régler le problème en trouvant une réponse adéquate au besoin. Elle ne peut être assimilée à l’analyse du transfert dans la mesure où celle-ci consiste essentiellement à le comprendre en profondeur. Cette stratégie conduit à une acceptation du vécu passé et des effets qu’il continue d’avoir sur le présent. Elle diffère également d’une autre variante très répandue: la simple identification du phénomène. Dans ce cas, il s’agit de reconnaître une similarité entre le comportement présent (ou le scénario répétitif) et le comportement passé. On s’efforce également d’avoir conscience des enjeux sous-jacents dans ces relations. Enfin, résoudre le transfert ce n’est pas le neutraliser. Il ne s’agit pas de décider rationnellement de ne plus laisser jouer son transfert en contrôlant ses émotions ou en se retenant de réagir. Ainsi, un père peut se contenir afin de cacher à son fils que son rejet lui fait le même effet dévastateur que celui de sa mère autrefois. Bien que judicieux dans cette situation, ce contrôle ne lui permettra jamais de résoudre ce transfert. Pour le faire, il doit s’impliquer dans des relations où il prend le risque d’exposer son besoin sans se retenir à cause de ses responsabilités de père. La situation est analogue pour l’enseignant avec son élève, le psychothérapeute avec son client et, en général, pour toute personne en position de pouvoir. 2. La résolution du transfert Un transfert résolu c’est un transfert terminé: il n’existe plus. Les indices pour s’en assurer sont différents selon la conquête réalisée. Pour ce qui concerne la conquête du droit à l’existence, les signes apparaissent dans la capacité d’accueillir nos émotions et de reconnaître nos besoins. En ce cas, nous ne contestons plus leur existence mais les considérons plutôt comme une expression de nous, de nos caractéristiques personnelles. Notre vécu est devenu un aspect de notre vie avec lequel nous sommes en contact et qui nous sert continuellement. Pour ce qui concerne le droit d’être distinct, le transfert est résolu si nous sommes capables d’exposer nos idées, exprimer nos émotions, être ouvertement nous-même, en nous assumant devant les réactions des gens. (Voir “Transfert et conquête de l’autonomie”.) Nous sommes alors capables d’être fidèles à nous-mêmes dans toutes les situations, même les plus exigeantes et avec les autorités les plus haut placées. Il ne s’agit pas de nous convaincre de notre valeur, du droit d’être nous-même ou du fait que nous sommes extraordinaire. Il ne s’agit pas non plus de nous raidir pour que les jugements, les sarcasmes ou les autres réactions ne puissent nous atteindre. Enfin, le signe de la conquête du droit d’être sexué est la capacité d’assumer entièrement notre sexualité devant les personnes des deux sexes. La femme n’a pas de crainte à se montrer sexuée devant une autre femme (rivale potentielle ou juge de son comportement) non plus qu’en présence d’un homme (amant potentiel ou père réprobateur). Elle peut l’être également en présence des deux. De la même façon, l’homme n’a pas d’inhibition à se présenter comme être sexué devant un autre homme comme avec une femme. Il peut aussi porter sa sexualité ouvertement en présence des deux sexes à la fois. Dans ce cas, nous ne cherchons plus à nous faire confirmer comme être attirant sexuellement car cette conviction est maintenant acquise. De même, nous considérons notre désir sexuel et notre excitation comme des expressions légitimes de notre personne. Nous jouissons de notre plaisir sexuel autant que de notre expression comme être sexué dans nos rapports avec les gens. Nous connaissons nos goûts en matière de sexualité et nous sommes capables des les respecter. Dans les trois types de transfert je parle de “conquête” car il s’agit véritablement de liberté que nous gagnons au fil des ans. Grâce au travail de résolution, nous reprenons possession du pouvoir d’être qui, autrefois, dépendait de l’attitude de nos parents et plus tard, de celle de leurs substituts. Cette récupération ne se fait pas d’un seul coup. Nous y parvenons grâce à une série de tentatives d’expression authentique et en contact avec l’interlocuteur. Ce dernier peut être le parent lui-même ou un de ses substituts. Il y en a toujours dans notre entourage. ;-) La résolution d’un transfert ne se passe donc pas dans notre for intérieur. Elle se produit grâce au contact interpersonnel tout comme l’impasse a été vécue, autrefois, dans le contact avec notre parent. |
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C. Les étapes de résolution du transfert 1. Reconnaître la présence du transfert (en prendre conscience) Nous avons déjà vu dans le premier article de cette série quels indices signalent la présence du transfert. Le signe le plus évident est une réaction émotionnelle forte et disproportionnée par rapport à la situation.
2. Identifier le besoin Le contact avec nos émotions d’aujourd’hui dans une situation semblable, déclenche des liens avec ce que nous avons vécu dans des relations antérieures. Petit à petit, le manque affectif qui nous hante se clarifie également. (Voir “La vie d’une émotion”.)
3. Exprimer les reproches La privation affective donne lieu a beaucoup de frustration, durant plusieurs années. Celle-ci provoque de la colère qui surgit habituellement sous forme de reproches.
Plusieurs personnes élèvent des objections considérables à l’idée d’exprimer leurs reproches. Au nom du fait que leurs parents ont fait de leur mieux (ce qui dans la plupart des cas est indiscutable), ils choisissent de repousser leur expérience. Cette rationalisation ne parvient cependant pas à éliminer le mécontentement. Elles demeurent donc bloquées et stagnent à cette étape de la résolution de leur transfert. Il n’est pas nécessaire d’adresser nos reproches à notre parent lui-même. Mais il faut trouver le moyen de les exprimer. Il existe diverses façons de le faire. Par exemple les communiquer à la personne avec laquelle nous sommes en transfert. Les objections sont ici moins nombreuses même si cette solution apparaît comme un risque. Il est aussi possible de parler à notre parent en simulant sa présence. Dans ce cas, comme dans l’adresse à son substitut, il est nécessaire de laisser passer l’émotion de colère dans toute son intensité et d’exprimer la panoplie des reproches. En d’autres mots, il faut “vider son sac”. Jusqu’ici, il n’est pas tellement question de plaisir, mais de soulagement et de l’impression fort importante de nous occuper d’un sujet capital de notre vie. Le plaisir sera lié plus directement aux tentatives pour assouvir le besoin. 4. Distinguer la demande du besoin Je l’ai déjà mentionné, le travail de résolution du transfert suscite beaucoup de résistance. La principale consiste à accepter la vulnérabilité d’être en manque par rapport à un besoin que nous jugeons habituellement “infantile”. Il faut donc prendre le risque de changer notre image aux yeux de personnes dont nous désirons la reconnaissance. De l’adulte accompli “au-dessus de ses affaires”, nous devenons par le fait même l’adulte “ayant un besoin affectif criant”. Pour la plupart d’entre nous, il s’agit d’une humiliation à laquelle il est très difficile de consentir. Toutes les stratégies deviennent alors bonnes pour éviter cette situation. Y compris la détérioration d’une relation amoureuse pourtant prometteuse. (Voir “humiliation”.) Nos résistances sont actives, voire envahissantes, mais la tendance actualisante ne renonce pas pour autant: nous tentons, même sans le vouloir consciemment, de résoudre nos échecs d’autrefois. (Voir “Une théorie du vivant”.) Nous ne renonçons pas à satisfaire notre besoin, mais nous le déformons dans l’espoir de trouver une solution moins exigeante. Nous le traduisons en demandes de confirmations. Dans le cadre de la quête du droit à l’existence, nous réclamons des marques d’affection (“embrasse-moi”, “dis-moi que tu m’aimes”, “montre-moi que tu me désires”). Nous attendons des gestes démontrant notre importance (qu’il m’offre des fleurs, qu’elle fasse des compromis, qu’il se sacrifie pour moi...). Souvent ces demandes sont teintées de reproches (“il y a longtemps que nous n’avons pas fait l’amour, “tu es distant”, “tu ne penses qu’à toi”, “tu sais que j’aime les compliments et tu ne m’en fais jamais”). De toute évidence, la demande est moins compromettante que l’expression directe du besoin sous-jacent, mais elle l’est davantage que le reproche. En effet, accuser l’autre permet de concentrer l’attention à l’extérieur de notre point vulnérable. C’est plus sécurisant même si cela donne souvent lieu à des querelles. Cette tactique est complètement stérile du point de vue de la résolution du transfert tout comme l’est l’expression des demandes et des attentes. 5. Exprimer le besoin au bon interlocuteur Avec l’expression du besoin, nous approchons du point crucial de la résolution du transfert, mais ce n’est pas encore ce qui produira le retournement que constitue la résolution. Ce qui produira le changement, c’est la combinaison de l’expression et de la prise en charge du besoin. Voyons en quoi consiste ce besoin. Le besoin affectif Nous avons l’habitude d’exprimer nos besoins dans des termes qui traduisent davantage la source de satisfaction que le besoin. Par exemple l’attention, les fleurs, le compliment ou même l’affection, ne constitue pas le besoin en lui-même. Ce sont des moyens par lequel notre besoin peut être comblé.
Concernant la recherche du droit à l’existence, il est toujours question d’être reconnu en tant que personne valable, aimable, valant la peine qu’on s’y intéresse. Dans le cas de la recherche d’une identité distincte, il est toujours question de la liberté d’être soi-même sans perdre le contact avec l’autre. Quant à la recherche d’une identité sexuelle, l’expression prend successivement diverses formes selon l’étape où nous sommes. Dans un premier temps, le besoin prend la forme d’une confirmation et appréciation comme être sexué. La recherche suivante porte sur la légitimité du désir sexuel, de l’excitation, du plaisir et de notre expression en tant qu’homme ou femme sexué. Enfin, nous recherchons notre manière propre de vivre notre sexualité ainsi que des partenaires qui nous conviennent. Dans cette exploration excitante mais difficile, c’est le support de la personne transférée que nous recherchons. (Voir: La résolution du transfert dans “L’Auto-développement: psychothérapie dans la vie quotidienne”.) L’interlocuteur réel Déjà, le fait d’exprimer notre besoin devant quelqu’un à qui nous reconnaissons le pouvoir de nous valider est un moyen puissant de mieux l’assumer et de reprendre nos droits sur ce besoin. Mais comme il n’a pas été assumé devant le parent concerné, nous ne parviendrons à en reprendre possessions que si nous l’exprimons à ce parent à travers notre interlocuteur. Nous verrons plus loin un exemple de la façon dont on peut réussir une telle expression. Bien entendu, il est également possible de nous adresser à notre parent “en personne” au lieu de son substitut. 6. Prendre le besoin en charge C’est lorsque nous devenons actif dans la recherche de la satisfaction de notre besoin transférentiel que se produit le changement en profondeur caractéristique de la résolution du transfert. En effet, jusqu’à ce moment, nous avons été en quelque sorte la victime de l’action ou de l’inaction d’un parent et de ses sentiments à notre égard. Jusqu’à la tentative de résolution de ce transfert, nous sommes demeuré relativement passif quant à notre satisfaction. Nous avons tenu notre parent et ses substituts responsables de nous procurer la nourriture affective nécessaire. Maintenant, nous devons non seulement prendre la responsabilité d’exprimer ce besoin mais aussi prendre l’initiative d’y répondre. En d’autres mots, prendre le risque de faire les pas nécessaires pour obtenir la satisfaction désirée. Nous verrons dans la prochaine section à quoi ressemble concrètement la prise en charge du besoin. |
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D. Comment faire Revenons à Thierry qui nous a servi d’exemple dans le texte qui précède (“Homo affectivité”) et voyons concrètement comment il peut travailler activement à la résolution de son transfert dans ses relations avec les personnes importantes de sa vie actuelle.
En s’exprimant ainsi, Thierry agit tout autrement qu’avec son père. Il prend le risque d’exposer sa blessure et de faire voir son besoin, même si ces aveux le placent dans une position vulnérable. C’est grâce à cette différence que la résolution de son transfert est bien amorcée et promet de déboucher sur un succès.
Ensuite, il imagine son père présent dans la pièce et lui lit à haute voix ce qu’il vient d’écrire. Et encore une fois, il demeure disponible aux émotions qui surgissent alors et les exprime à son père. Parfois, lorsqu’il est particulièrement frustré, il lui arrive d’être envahi par une mer de reproches qu’il n’a jamais osé faire à son père. Il n’est pas capable de les lui adresser en personne. Mais il prend bien soin de le faire à travers son journal. Autant qu’il le peut, il tente d’exprimer ce qu’il ressent vraiment à propos de ces récriminations. Une fois son expérience bien cernée et formulée, il s’efforce d’adresser ces reproches à son père qu’il imagine devant lui, toujours à haute voix pour mieux ressentir ses réactions. (Voir "L'expression qui épanouit" à propos de ce type d’expression.)
S’il ne consent pas aux rapports sexuels, il ose manifester clairement son désaccord et faire comprendre la nature de son besoin réel: celui d’affection. Le cas échéant, il exprime par la même occasion sa peur de perdre le contact avec son professeur s’il refuse de répondre sexuellement à son besoin.
Il est possible qu’un jour Thierry éprouve le besoin de s’adresser directement à son père. Dans ce cas, il choisira aussi de lui parler de ses véritables préoccupations et de le faire en contact. |
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Chapitre 5 dans "L'auto-Développement" Transfert et droit de vivre Conquérir la liberté d'être soi-même Transfert et conquête de l'autonomie L'expression qui épanouit Vous pouvez aussi vous servir de:
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